A propos du wak (sorcerie) au Burkina Faso

Au Burkina Faso, le terme de « wak » (ou wack) est apparu comme un néologisme dans les années 1980. Il désigne de manière plus ou moins précise tout un ensemble de rites et de manipulations occultes, pratiqués de manière individuelle ou sous la direction d’un « médium », qui ont pour but de s’attirer la chance dans les affaires, obtenir un poste de travail, se prémunir des accidents, éloigner la maladie ou le mauvais sort, résoudre des tensions familiales, éliminer un ennemi, séduire ou gagner la confiance d’autrui.

Ces pratiques sont généralement couplées ou précédées d’une séance de divination qui permet de déceler l’origine d’une agression occulte ou d’y parer, de trouver la solution à un problème concret ou le moyen de parvenir à la réalisation d’un souhait ou d’un projet.

Le recours au wak repose la plupart du temps sur une relation de confiance, une relation d’hôte, qui bien souvent dépasse les divisions ethniques, mais suppose l’entraide et la réciprocité entre le « médium » et son « client ». En ce sens, la demande ne suscite pas forcément de grandes dépenses, mais le respect d’une convention (la discrétion, la fidélité) et d’une procédure à laquelle il ne faut pas déroger sous peine de voir les effets du wak aussitôt anéantis. On peut ainsi parler de liturgie et de sacrements à propos du wak. La gestuelle, au moment de la consultation, le sacrifice et les actes à accomplir suivant un certain ordre pour parvenir à la réussite d’une opération sont d’une importance déterminante.

Il semble évident que le wak, ses rites, son protocole ne surgissent pas de nulle part, mais prennent corps sur un fond religieux préexistant. Chez les Moose, les étapes principales de la vie étaient, et sont parfois encore, marquées par des rites, impliquant la divination et le sacrifice aux génies ou aux ancêtres (naissance, initiation, mariage, décès, etc.). Le pouvoir, la santé, les rapports sociaux ou familiaux, tout comme les activités de production s’appuient donc traditionnellement sur des sacrements réglés par ces intermédiaires entre le monde des esprits et la société des humains que sont les tengsobadamba (maîtres de la terre), tiimsoabadamba (guérisseurs), bugbo ou bagba (devins) (cf. Dim Delobsom 1934, Tiendrebeogo & Pageard 1974, Izard 1985).

Si l’on en croit les nombreux témoignages recueillis ces dernières années, la croyance aux génies ou au pouvoir des puissances occultes est encore partagée par une majorité de personnes au Burkina Faso, indifféremment du milieu socio-économique ou des origines ethniques. Mais le rapport à l’ésotérisme prend aujourd’hui de nouvelles formes, s’adaptant au contexte socio-économique, aux nouvelles relations de pouvoir, aux problèmes et attentes individuelles. Ainsi le wak apparaît comme une adaptation contemporaine, plus individualisée, libéré de son carcan ethnique, d’une certaine manière plus « démocratisée » des pratiques rituelles que l’on connaissait autrefois dans la région.

Dès lors, personne ne semble pouvoir y échapper : l’homme d’affaires qui veut prospérer dans les activités économiques, l’homme politique qui veut conserver son influence et se faire élire à l’Assemblée nationale, le père de famille qui veille sur sa progéniture, l’étudiant qui veut réussir ses examens, le chef de service qui veut se faire respecter, le fonctionnaire qui veut conserver son poste ou qui vise celui d’un collègue mieux placé, etc. Même celui qui n’y croit pas peut être l’objet de pressions familiales qui le contraignent, à un moment donné ou un autre de son existence, à faire appel au wak, sous peine de se voir sanctionné par le mauvais sort. Le wak s’impose donc comme un déterminant de la réussite économique et sociale, fonctionnant comme un discours normatif et un

système solidaire dans la société actuelle. Il semble être devenu un mode d’accréditation, qui ne légitime pas forcément, mais qui permet d’expliquer les écarts de richesse et de pouvoir, la santé et la maladie, la chance et la malchance, l’ordre et la criminalité. Dans le contexte d’une société prise en otage entre les politiques de développement et la crise économique, où les structures familiales et les valeurs traditionnelles volent en éclat, où l’arrogance des plus riches provoque le désarroi des plus pauvres, le wak se présente à la fois comme une planche de salut et comme un exutoire.

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